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[Conte soufi] Le rêve du derviche


Une nuit, dans sa pauvre cellule, un derviche fit un rêve étrange. Il vit une chienne qui était pleine et entendit les

aboiements des chiots qui étaient en son ventre. Cela lui parut vraiment très étrange. Comment ces chiots

pourraient-ils aboyer avant même d’être nés ? se demandait-t-il. Personne au monde n’a jamais entendu telle

chose ! A son réveil, son étonnement augmenta encore.

Comme il était seul dans sa cellule, nul ami ne pouvait l’aider à percer ce mystère. Il s’adressa donc à Dieu avec

cette prière : « Ô Seigneur ! Je suis frappé de stupeur par cette énigme ! Je voudrai comprendre sa signification »

Et du monde de l’inconnu lui parvint mystérieusement cette réponse :

« Ce rêve est simplement la représentation de la vanité du discours des ignorants. Ils peuvent parler de tout alors

qu’ils sont encore dans les voiles d'ignorance qui les entourent. Leurs yeux sont restés fermés et ils bavardent

cependant inutilement de ce qu'ils ne connaissent pas. Leurs paroles sont aussi vaines que les aboiements d’un

chiot dans le ventre de sa mère. Il aboie mais il ne sait ni ce qu'est le gibier ni ce qu'est de monter la garde, et il n’a

jamais vu ni le loup ni le voleur. Le désir de se mettre au premier plan et de paraître important aveugle les

ignorants et leurs paroles sont inconséquentes et parfois téméraires. Ils décrivent la lune sans même l’avoir vue et

vendent de l’air à leurs clients. Cherche des relations qui te cherchent vraiment, et ne te préoccupe point des

beaux parleurs. Car il est mauvais d’être amoureux de deux bien-aimés ! »


Source : http://jacques.prevost.free.fr/cahiers/cahier_48.htm#a2