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Al-Khidr, l'Homme Vert




Al-Khidr est mentionné dans le Coran à la Sourate 18 "Al-Khaf", à partir du verset 65, et jusqu'au verset 82. Ces versets, mentionnent la rencontre entre "L"homme vert" et le prophète Moïse.


Ils trouvèrent l’un de Nos serviteurs à qui Nous avions donné une grâce, de Notre part, et à qui Nous avions enseigné une science émanant de Nous.


Moïse lui dit: « Puis-je te suivre, à la condition que tu m’apprennes de ce qu’on t’a appris concernant une bonne direction ? »


[L’autre] dit: « Vraiment, tu ne pourras jamais être patient avec moi.


Comment endurerais-tu sur des choses que tu n’embrasses pas par ta connaissance ? »


[Moïse] lui dit: « Si Allah veut, tu me trouveras patient; et je ne désobéirai à aucun de tes ordres ».


«Si tu me suis, dit [l’autre,] ne m’interroge sur rien tant que je ne t’en aurai pas fait mention ».


Alors les deux partirent. Et après qu’ils furent montés sur un bateau, l’homme y fit une brèche. [Moïse] lui dit:


« Est-ce pour noyer ses occupants que tu l’as ébréché? Tu as commis, certes, une chose monstrueuse ! »


[L’autre] répondit: « N’ai-je pas dit que tu ne pourrais pas garder patience en ma compagnie ? »


« Ne t’en prends pas à moi, dit [Moïse,] pour un oubli de ma part; et ne m’impose pas de grande difficulté dans mon affaire ».


Puis ils partirent tous deux; et quand ils eurent rencontré un enfant, [l’homme] le tua. Alors [Moïse] lui dit:

« As-tu tué un être innocent, qui n’a tué personne? Tu as commis certes, une chose affreuse! »


[L’autre] lui dit: «Ne t’ai je pas dit que tu ne pourrais pas garder patience en ma compagnie ? »


« Si, après cela, je t’interroge sur quoi que ce soit, dit [Moïse], alors ne m’accompagne plus. Tu seras alors excusé de te séparer de moi ».


Ils partirent donc tous deux; et quand ils furent arrivés à un village habité, ils demandèrent à manger à ses habitants; mais ceux-ci refusèrent de leur donner l’hospitalité. Ensuite, ils y trouvèrent un mur sur le point de s’écrouler. L’homme le redressa. Alors [Moïse] lui dit: « Si tu voulais, tu aurais bien pu réclamer pour cela un salaire ».


« Ceci [marque] la séparation entre toi et moi, dit [l’homme,] Je vais t’apprendre l’interprétation de ce que tu n’as pu supporter avec patience.


Pour ce qui est du bateau, il appartenait à des pauvres gens qui travaillaient en mer. Je voulais donc le rendre défectueux, car il y avait derrière eux un roi qui saisissait de force tout bateau.


Quant au garçon, ses père et mère étaient des croyants; nous avons craint qu’il ne leur imposât la rébellion et la mécréance.


Nous avons donc voulu que leur Seigneur leur accordât en échange un autre plus pur et plus affectueux.


Et quant au mur, il appartenait à deux garçons orphelins de la ville, et il y avait dessous un trésor à eux; et leur père était un homme vertueux. Ton Seigneur a donc voulu que tous deux atteignent leur maturité et qu’ils extraient, [eux-mêmes] leur trésor, par une miséricorde de ton Seigneur. Je ne l’ai d’ailleurs pas fait de mon propre chef. Voilà l’interprétation de ce que tu n’as pas pu endurer avec patience ».

Coran 18, 65 à 82


Cette rencontre a également été illustrée par un Hadith du prophète Muhammad qui apporte quelques éléments supplémentaires à cette histoire. Cet Hadith précise que Moïse demanda la permission de rester avec Al-Khidr au moment de leur rencontre, mais ce dernier lui dit : "Moïse, j'ai une connaissance qui me vient de Dieu, que j'ai reçue et que tu ne possèdes point. Par ailleurs, tu possèdes également une connaissance dont Dieu t'a dotée, et que je n'ai point". (rapporté par Al-Bukhârî).


Le récit lui-même, prouve qu’Al-Khidr a une connaissance que lui seul possède, car il est amené par Dieu à faire des actes d’apparence répréhensibles ou incorrects, et dont la signification profonde échappe entièrement à Moise.


Qui est réellement l'homme vert ?


Boukhari rapporte dans le Livre des prophètes que le Prophète Muhammad a dit, "Al-Khidr (" l'Homme vert ") a été ainsi nommé parce qu'il s’était assis une fois sur une terre blanche et stérile, qui par la suite devint luxueusement verte à cause de la végétation."


Certaines personnes, comme As-Siohârwî de Delhi, pensent que la connaissance d'Al-Kidr, lui viendrait de son statut de prophète. Même si de telles allégations peuvent avoir un fondement logique, il n'a JAMAIS été fait mention qu'Al-Khidr soit un prophète de Dieu, que ce soit dans le Coran ou les hadiths du prophète.


Il s'agirait plutôt d'un envoyé de Dieu, d'un ange Malak selon certains, qui aurait été doté de ses connaissances uniquement dans le but de tester la patience de Moïse. Il aurait pris forme humaine comme tout ange une fois sur terre. C'est également pour ces mêmes raisons qu'il commet les actes qui sont décrits comme immoraux par Moïse avec sang froid et sans éprouver la moindre émotion. Il obéit uniquement à Dieu. Son statut d'Ange expliquerait également le fait qu'il n'est pas limité à un espace-temps précis, et que sa voix ait été entendue pendant la maladie du prophète dans la maison de ce dernier, bien des siècles après sa rencontre avec Moise. Les compagnons du prophète ont en effet entendu une voix du coin de la maison, prononcer cette phrase : "La Paix, la miséricorde de Dieu et ses bénédictions sur vous, membres de la Famille du Prophète !". Ali a alors demandé à ses compagnons s'ils savaient qui cela pouvait être, et Muhammad révéla que c'était en fait Al-Khidr. Bayhaqa a transmis cet hadith dans Dala'il Noubouwwa.


Une autre explication toute ésotérique qu'il serait aussi plausible d'étendre ici est qu’Al Khidr au moment de rencontrer Moïse, possède un tel degré de connaissance des mystères et de « réalisation spirituelle » qu'il dépasse toutes notions « dualisantes » du bien et du mal, se tenant à un point de vue purement « métaphysique », au-delà même du « religieux ». Autrement dit, ce degré de connaissance acquis par Al Khidr, que la nature prophétique de Moise ne put saisir au moment « décisif » tire la légitimité de ses actions non d'un état intérimaire mais directement à partir de l' « unité suprême » qui régit toute chose et avec laquelle il fusionne totalement.


Ce degré spirituel symbolisé dans l'ésotérisme islamique par le cheminement intérieur parcourut par l'initié al murid - qui franchit et grimpe les « état spirituels » dans un ordre bien défini jusqu'à aboutir au stade totalisant de l' « homme universel » de Ibn Arabi (Al insan al kamil) - n'est pas à la porté de tout être ordinaire. Il ne s'acquiert pas seulement par la volonté de l'homme mais se manifeste chez chacun suivant sa propre « nature effective », les dispositions spirituelles innées en lui et suivant l'effort personnel que ce dernier est disposé à fournir pour arriver à ce sommet des « hiérarchies spirituelles » et à cet ultime stade de connaissance pure du divin.


Al-Khidr (Le verdoyant) dans les autres traditions


Le personnage d'Al-Khidr ou le verdoyant n'est pas présent uniquement en Islam mais de façon directe ou indirecte dans presque toutes les traditions de l’humanité ; une vieille tradition hindoue en fait également référence au point que chaque année on célèbre une fête en son honneur. Selon M. Garcin de Tassy, cette fête aurait lieu au mois de Bhadoun, le « dernier de la saison des pluies », et serait surnommée Khadja Khizr.


Il est à signaler que certains adeptes de la théorie cyclique des âges, soutiennent l'idée selon laquelle Al-Khidr est un personnage intemporel, qu'il serait le garant de la science divine depuis des milliers d'années jusqu'à la fin des temps. Certains hadiths du prophète peuvent corroborer ces propos dans la mesure ou ils font d'Al-Khidr un personnage contemporain de Dhû-'l Qarnayn, qu'il accompagna dans son périple vers la terre du nord à la recherche de la source de vie. Si Dhû-'l Qarnayn ne pu boire de cette source miraculeuse, Al-Khidr le fit, ce qui expliquerait ses apparitions multiples dans l'histoires de l'humanité à différentes époques et divers endroits.


Cette « Source de la vie » quant à elle, est bel et bien mentionnée par le prophète dans un hadith authentique rapporté par Al-Bukhârî (version citée dans le Livre du Tafsîr). Cependant, ce qui est mentionné dans ce hadith, c'est que cette source se trouvait près du rocher auprès duquel, selon le récit de la sourate Al-Kahf, Moïse et son serviteur se reposaient pendant leur voyage à la rencontre de Al-Khidhr.


Ce hadith ne dit pas que des gouttes de cette source auraient touché Al-Khidr, mais qu'elles ont en revanche touché le poisson mort que Moïse et son serviteur transportaient avec eux pour le consommer, et que c'est ainsi que celui-ci a été ramené à la vie et qu'il a ensuite glissé vers la mer. Mais à pousser l'analyse plus loin, il est curieux de voir que dans cette sourate unique en son genre, il soit fait mention en même temps de cette source de vie et du personnage mystérieux d'Al-Khidr, et si le Coran ne pousse pas le parallèle jusqu'au bout, certains commentateurs de la tradition l'ont fort bien supposé.


En partant donc de l'hypothèse selon laquelle le verdoyant aurait bu de la source de la longévité, les récits intemporels à son sujet deviennent plus que logiques. Moise ne serait donc plus le seul à l'avoir rencontré et d'autres prophètes ou saints avant ou après lui peuvent également avoir croisés le chemin d’Al-Khidr.


Mohyi-din Ibn Arabi affirme dans un de ses ouvrages qu'Al-Khidr ne se contente pas de simples manifestations sporadiques au cours de l'histoire de l'humanité notamment auprès des saints (awliya' Allah) auxquels nous avons fait allusion plus haut, mais que ce dernier joue un rôle majeur dans la hiérarchie invisible établie par Dieu et qui sans laquelle le monde manifeste ne subsisterait pas. Certains considèrent même qu'il est à la tête d'une voie spirituelle (tariqa) des plus "suprêmes", celle des afrâd (Michel Chodkiewicz - Le Sceau des Saints).


Enfin il est à signaler ici que de nos jours de nombreux gnostiques de l'Islam ont également affirmé avoir rencontré sayidouna Al-Khidr au moins une fois dans leur vie. Ce fut le cas du penseur français René Guénon (Abd al-Wahid Yahya en islam) qui n'a jamais souhaité aborder la question d'Al-Khidr dans son œuvre plus que superficiellement, « parce que la chose le concerne de trop près », disait-il dans l’un de ses commentaires.


Wa Allâhou A'lam ! Et Dieu est Plus Savant !

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