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[Conte soufi] La parabole des esclaves



On a amené des esclaves noirs des pays des impies aux pays musulmans. On les vends, les uns à l'âge de cinq ans, d'autres à dix, d'autres à quinze. Celui qui a été amené en bas âge, qui a passé de nombreuses années chez les musulmans et qui a vieilli, oublie entièrement le pays où il est né ; aucune trace n'en reste de lui. Mais s'il était un petit peu plus âgé, il lui en reste un petit peu plus de souvenir et davantage s'il était sensiblement plus âgé encore. De même, les âmes ont été dans la présence de Dieu.. Leur nourriture et leur substance était la Parole de Dieu, sans lettres et sons. Depuis, on les a amenés dans ce monde-ci comme enfants. Lorsqu'ils entendent cette parole, ils ne se souviennent pas. Elle leur est étrangère. C'est la description de ceux qui sont voilés et qui sont engloutis dans l'égarement ; il y a ceux qui se souviennent un tout petit peu et en eux surgit l'ardeur pour l'autre côté : ceux-là sont les croyants. Et il existe aussi des Hommes chez qui, lorsqu'ils entendent cette parole divine, leur état antérieur réapparaît : les voiles tombent et ils se trouvent dans l'union.

Source : Rûmî, conte cité dans le livre Eva de Vitray-Meyerovitch Islam, l'autre visage, page 152