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[Conte soufi] Rûmî : Les trois conseils, extrait du Mathnawi




Un homme captura un oiseau au moyen d’un leurre ; l’oiseau lui dit : « O noble sire,

Tu as mangé bien des bœufs et des moutons, tu as sacrifié nombre de chameaux ;

Tu n’as jamais été rassasié par eux, tu ne le seras pas non plus par moi.

Laisse-moi m’en aller, que je puisse te donner trois conseils, afin que tu te rendes compte si je suis sage ou stupide.

Le premier de ces trois conseils, je te le donnerai perché sur ta main, le second sur ton toit, et le troisième sur un arbre.

Laisse-moi partir, car ces trois conseils t’apporteront la prospérité.

Le premier, qui doit être dit sur ta main, c’est ceci : Ne crois pas une absurdité quand tu l’entends de quelqu'un. »

Quand l’oiseau eut énoncé le premier conseil sur la paume de la main, il fut libéré et alla se percher sur le mur de la maison et dit :

Le second conseil est : « Ne t’afflige pas de ce qui est passé ; quand cela est passé, n’en éprouve pas de regret. » Après quoi, il lui dit : « Dans mon corps est cachée une très grosse et très précieuse perle, du poids de dix dirhams.

Aussi vrai que tu es en vie, ce joyau était ta fortune et la chance de tes enfants.

Cette perle t’a échappé, car ce n’était pas dans ton destin de l’acquérir — cette perle qui n’a pas sa semblable en ce monde. »

Comme une femme qui gémit en enfantant, l’homme se mit à pousser des cris.

L’oiseau lui dit : « Ne t’avais-je pas conseillé : « Ne t’afflige pas pour ce qui s’est passé hier » ?

Puisque c’est passé et fini, pourquoi te chagrines-tu ? Ou bien tu n’as pas compris mon conseil, ou tu es sourd. En ce qui concerne le second conseil que je t’ai donné, à savoir, « Ne crois pas à une affirmation absurde? », O brave homme, je ne pèse pas moi-même dix dirhams : comment le poids de dix dirhams pourrait-il se trouver à l’intérieur de moi ? »

L’homme recouvra ses esprits et dit : « Écoute, dis-moi à présent le troisième excellent conseil. »

« Eh bien ! » dit l’oiseau, tu as fait un si bon usage de ces autres conseils que je ne vois pas pourquoi je te donnerais ce troisième conseil en vain ! »

Donner un conseil à un ignorant obtus c’est semer dans une terre infertile.


Rumi, Le Mathnawi, Livre IV, 2245 sq.